{"id":3948,"date":"2025-05-05T22:00:33","date_gmt":"2025-05-05T22:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/?p=3948"},"modified":"2025-05-09T12:25:56","modified_gmt":"2025-05-09T12:25:56","slug":"faire-leurope-a-la-francaise-mais-sans-les-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/faire-leurope-a-la-francaise-mais-sans-les-francais\/","title":{"rendered":"Faire l\u2019Europe \u00e0 la fran\u00e7aise, mais sans les Fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"<p>Nous avons tous cet ami bavard et un brin p\u00e9remptoire, qui se lance dans de grandes d\u00e9monstrations, ass\u00e8ne ses v\u00e9rit\u00e9s, et, globalement nous assomme. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il peut arriver \u00e0 l\u2019arrogant d\u2019avoir un jour raison\u2026<\/p>\n<p>Cet ami, c\u2019est la France. La petite manie fran\u00e7aise qui consiste \u00e0 vouloir toujours avoir raison \u00e9nerve toute l\u2019Europe, et la pr\u00e9tention de ses dirigeants \u00e0 jouer les chefs exasp\u00e8re encore plus. Sauf qu\u2019aujourd\u2019hui, il faut bien le constater, ces pr\u00e9tentieux Fran\u00e7ais avaient raison au moins sur ce point: l\u2019Europe doit devenir une puissance. Elle n\u2019a pas le choix, le monde est devenu plus brutal, domin\u00e9 par les rapports de force. Un monde ou l\u2019Histoire s\u2019est remise en route.<\/p>\n<p>A l\u2019occasion de son fameux rapport de septembre dernier Mario Draghi a \u00e9voqu\u00e9 un <em>\u00ab\u00a0risque existentiel\u00a0\u00bb<\/em> pour l\u2019Europe si celle-ci ne se donnait pas les moyens de rivaliser avec la Chine et les Etats-Unis. Mais il y a un enjeu plus br\u00fblant encore que le risque de d\u00e9crochage \u00e9conomique et technologique: la violence d\u2019\u00c9tat est de retour. Malheur aux faibles !<\/p>\n<p>La menace la plus imm\u00e9diate nous vient bien s\u00fbr de Russie. Il faut \u00eatre fou ou ignorant pour penser que Vladimir Poutine s\u2019arr\u00eatera tout seul, repu du morceau de l\u2019Ukraine qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 croqu\u00e9. Et puis la plan\u00e8te est aujourd\u2019hui emplie d\u2019autocrates d\u00e9sinhib\u00e9s par l\u2019exemple de leurs cong\u00e9n\u00e8res impunis: A P\u00e9kin, Moscou, Ankara, Bakou et ailleurs, on ose tout.<\/p>\n<p>Ceci n\u2019est pas un si\u00e8cle pour les tendres. D\u2019autant plus que notre protecteur depuis 70 ans, l\u2019Am\u00e9rique, regarde ailleurs. Il faudrait \u00eatre l\u00e0 aussi bien insouciant pour consid\u00e9rer que cela ne tient qu\u2019\u00e0 Donald Trump, et qu\u2019il suffirait d\u2019attendre que le tonitruant Monsieur MAGA perde les <em>midterms<\/em> pour que les choses retournent \u00e0 la normale, et que nous puissions nous replonger dans un doux sommeil.\u00a0 Le \u00ab pivot asiatique \u00bb des Etats-Unis a commenc\u00e9 sous Barack Obama, s\u2019est poursuivi sous Joe Biden, et nul doute que Kamala Harris aurait prolong\u00e9 le mouvement. Tout cela aurait bien s\u00fbr \u00e9t\u00e9 plus poli, plus aimable, en tout cas moins grossier, mais c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9: Washington a les yeux riv\u00e9s vers l\u2019Ouest, vers le Pacifique, elle nous tourne le dos et elle a de bonnes raisons pour cela, dont une qui suffit: la Chine.<\/p>\n<p>La conception de l\u2019Europe qui pr\u00e9valait jusqu\u2019ici sur le Continent \u00e9tait, en for\u00e7ant un peu le trait, celle d\u2019une grande Conf\u00e9d\u00e9ration helv\u00e9tique, espace de paix int\u00e9rieure de prosp\u00e9rit\u00e9 discr\u00e8te. C\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 injuste pour la Suisse, qui, elle, a toujours veill\u00e9 \u00e0 savoir se d\u00e9fendre. Quois qu\u2019il en soit, il faut d\u00e9sormais choisir entre l\u2019affirmation de soi et la soumission. L\u2019id\u00e9e d\u2019une Europe &#8211; puissance, jusqu\u2019ici essentiellement d\u00e9fendue \u00e0 Paris, et sans doute plus encore sous Emmanuel Macron, commence \u00e0 s\u2019imposer.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais, il faut lui reconna\u00eetre cette constance, a toujours plaid\u00e9 pour une <em>\u00ab\u00a0souverainet\u00e9 europ\u00e9enne\u00a0\u00bb<\/em>. Avant m\u00eame son fameux \u00ab\u00a0discours de la Sorbonne\u00a0\u00bb, il le disait dans les colonnes du <em>Point<\/em>, en ao\u00fbt 2017: <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>je crois que l&rsquo;Europe est le niveau appropri\u00e9 pour recouvrer notre pleine souverainet\u00e9 dans des domaines qui ne rel\u00e8vent plus du seul champ national, car je veux d&rsquo;une Europe qui soit un continent aux dimensions des puissances am\u00e9ricaine et chinoise.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le constat est juste, seul l\u2019usage du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dans cette phrase trahit cette petite arrogance qui nuit \u00e0 la r\u00e9alisation de son souhait. Personne ne fera l\u2019Europe pour lui faire plaisir&#8230; Dans les ann\u00e9es qui ont suivi, Macron a martel\u00e9 son concept d\u2019<em>\u00ab\u00a0autonomie strat\u00e9gique\u00a0\u00bb<\/em>. Dans le vide, la plupart du temps. L\u2019Europe ne croyait pas, ou ne voulait pas voir, que l\u2019Am\u00e9rique s\u2019\u00e9loignait. Et l\u2019on soup\u00e7onnait toujours la France de concevoir l\u2019Europe comme une grande France. Il faut dire que l\u2019\u2019Histoire ne plaide pas pour elle&#8230; Napol\u00e9on, les mains toutes ensanglant\u00e9es des peuples europ\u00e9ens, osa, en 1807, pr\u00e9senter ainsi ses conqu\u00eates au Corps l\u00e9gislatif, sorte de sous-parlement d\u2019alors: <em>\u00ab\u00a0La France est unie aux peuples de l\u2019Allemagne par les lois de la Conf\u00e9d\u00e9ration du Rhin, \u00e0 ceux de l\u2019Espagne, de la Hollande, de la Suisse et de l\u2019Italie par les lois de notre syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb<\/em>. Depuis, l\u2019Europe a pardonn\u00e9 \u00e0 la France \u2013 d\u2019autres horreurs ont \u00e9t\u00e9 commises \u2013 mais on ne peut compl\u00e8tement emp\u00eacher les Europ\u00e9ens de frissonner lorsqu\u2019un Fran\u00e7ais \u00e9voque un <em>\u00ab\u00a0syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb <\/em>ou tout autre formule approchant\u2026<\/p>\n<p>L\u2019autre raison pour laquelle la France n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 entendue c\u2019est qu\u2019Emmanuel Macron n\u2019a eu de cesse de torpiller son ambition affich\u00e9e, en creusant les d\u00e9ficits publics fran\u00e7ais au point que bien des membres de l\u2019Union ont subodor\u00e9 \u2013 et on ne peut leur donner tort \u2013 que ses desseins f\u00e9d\u00e9ralistes, s\u2019ils se r\u00e9alisaient, auraient pour cons\u00e9quence un siphonnage en r\u00e8gle de leurs finances. Mille milliards d\u2019euros de dette en plus en sept ans: le bilan financier d\u2019Emmanuel Macron, est accablant. Qui veut lui confier ses \u00e9conomies ? Ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, depuis Fran\u00e7ois Mitterrand, n\u2019ont pas fait beaucoup mieux, mais lui a enterr\u00e9 pour une certain temps la r\u00e9putation financi\u00e8re France.<\/p>\n<p>Macron, beau parleur de l\u2019Europe, et petit faiseur. Mais les autres\u00a0? Sont-ils pr\u00eat au sursaut\u00a0? C\u2019est la question qui f\u00e2che. Le renoncement, sur le \u00ab\u00a0vieux continent\u00a0\u00bb, n\u2019est jamais tr\u00e8s loin. L\u2019\u00e9crivain roumain Emil Cioran, le \u00ab\u00a0pape\u00a0\u00bb du pessimisme, r\u00e9fugi\u00e9 \u2013 comme par hasard\u00a0! \u2013 en France, avait, en 1956, peint de fa\u00e7on particuli\u00e8rement cruelle cet \u00e9tat d\u2019esprit d\u00e9faitiste dans un essai intitul\u00e9 <em>La tentation d\u2019exister<\/em>. Voici ce qu\u2019il \u00e9crivait: <em>\u00ab\u00a0 Au milieu de ses perplexit\u00e9s et de ses veuleries, l\u2019Europe garde n\u00e9anmoins une conviction, une seule, dont pour rien au monde elle ne consentirait \u00e0 se d\u00e9partir: celle d\u2019avoir un avenir de victime, de sacrifi\u00e9e. \u00bb<\/em>. Un peu plus loin, il ajoutait ceci: <em>\u00ab R\u00e9fractaire \u00e0 toute forme d\u2019exc\u00e8s, \u00e0 toute forme de vie, elle d\u00e9lib\u00e8re, elle d\u00e9lib\u00e8rera toujours, m\u00eame apr\u00e8s avoir cess\u00e9 d\u2019exister: ne fait-elle pas d\u00e9j\u00e0 l\u2019effet d\u2019un conciliabule de spectres ? \u00bb<\/em> Vu de Moscou, le \u00ab\u00a0conciliabule de spectres\u00a0\u00bb est plus qu\u2019une opinion, c\u2019est un constat. Qu\u2019a-t-on fait en 2014, lorsque Vladimir Poutine a annex\u00e9 la Crim\u00e9e et envahi le Donbass \u00e0 l\u2019aide de son op\u00e9ration \u00ab\u00a0hybride\u00a0\u00bb\u00a0? Des conciliabules\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019invasion de 2022, l\u2019Europe n\u2019avait pas pris la mesure de la rupture historique qui se r\u00e9veillait \u00e0 l\u2019Est.<\/p>\n<p>Le grand philosophe allemand Peter Sloterdjik, peut-\u00eatre le penseur contemporain le plus stimulant, avait, d\u00e8s 2003 dans un livre intitul\u00e9 <em>Si l\u2019Europe s\u2019\u00e9veille<\/em>, sond\u00e9 l\u2019avenir d\u2019un continent marqu\u00e9 par ce <em>translatio imperii<\/em> ou <em>\u00ab\u00a0m\u00e9canisme du transfert de l\u2019empire\u00a0\u00bb<\/em> par lequel il <em>\u00ab\u00a0rejoue\u00a0\u00bb<\/em> r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019Empire romain. Mais peut-on \u00eatre une puissance sans \u00eatre un empire\u00a0? Le m\u00eame Sloterdijk, cette-fois dans les colonnes du <em>Point<\/em>, en 2018, relevait l\u2019\u00e9tendue du d\u00e9fi: <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>C&rsquo;est quand m\u00eame, disons-le, une association de nations de perdants ! Un club qui n&rsquo;a laiss\u00e9 entrer que des empires humili\u00e9s, que des nations d\u00e9faites ! En 1945, ce n&rsquo;\u00e9tait pas, comme on le croit, seulement \u00e0 l&rsquo;Allemagne d&rsquo;assumer sa catastrophe: toute la \u00ab famille \u00bb des nations europ\u00e9ennes a \u00e9t\u00e9, au fond, dans les ann\u00e9es qui ont suivi, concern\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chec. Regardons d&rsquo;ouest en est: le Portugal, l&rsquo;Espagne, la France, l&rsquo;Italie, l&rsquo;Autriche, l&rsquo;Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume-Uni: une dizaine d&#8217;empires-nations condamn\u00e9s \u00e0 la perte de leurs colonies. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Sloterdijk voyait dans l\u2019Europe <em>\u00ab\u00a0une sorte de rehab center, de centre de r\u00e9adaptation o\u00f9 l&rsquo;on apprend \u00e0 500 millions de perdants comment vivre, exister, se redresser dans un monde post-imp\u00e9rial, post-h\u00e9ro\u00efque, post-idiot.\u00a0\u00bb <\/em>Sauf que le monde imp\u00e9rial, depuis, a repris ses droits.<\/p>\n<p>Cioran n\u2019a d\u2019ailleurs pas eu enti\u00e8rement raison: l\u2019Europe est sortie partiellement de son \u00ab rehab center \u00bb face \u00e0 Poutine en 2022, et plus r\u00e9cemment, devant les vexations douani\u00e8res de Trump. Le continent des \u00ab perdants \u00bb commence \u00e0 retrouver un peu d\u2019estime de lui-m\u00eame. On a ainsi entendu Friedrich Merz, qui fut pourtant un farouche atlantiste, affirmer au lendemain de sa victoire \u00e9lectorale qu\u2019il fallait\u00a0 <em>\u00ab\u00a0rendre l\u2019Europe l\u2019ind\u00e9pendante des Etats-Unis\u00a0\u00bb<\/em>. La Pologne, m\u00eame, qui ne jurait que par l\u2019Am\u00e9rique, change de ton, par les mots de son ministre des Affaires Radolaw Sikorski, parle de l\u2019Union comme d\u2019une <em>\u00ab\u00a0entit\u00e9 g\u00e9opolitique\u00a0\u00bb<\/em>. Et ce ne sont pas que des mots, puisque les d\u00e9penses militaires, presque partout sur le continent, augmentent.<\/p>\n<p>En 1949, au d\u00e9but de la guerre froide, Raymond Aron avait pos\u00e9 le probl\u00e8me de mani\u00e8re tr\u00e8s simple: <em>\u00ab<\/em><em>\u00a0L&rsquo;Europe ne reprendra vraiment confiance en elle-m\u00eame que le jour o\u00f9 elle sera de nouveau capable de se d\u00e9fendre.\u00a0\u00bb <\/em>Aujourd\u2019hui, au coeur cette nouvelle forme de guerre froide, ou plut\u00f4t ti\u00e8de, elle le v\u0153u d\u2019Aron va peut-\u00eatre finir par se r\u00e9aliser, 76 ans plus tard.<\/p>\n<p>Mais comment aller plus loin ? Les grands d\u00e9veloppements sur les institutions europ\u00e9ennes provoquent en g\u00e9n\u00e9ral des baillements appuy\u00e9s. Alors faisons court, et limitons les propositions \u00e0 deux: au Conseil europ\u00e9en, les d\u00e9cisions \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e doivent devenir la r\u00e8gle, celles \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 l\u2019exception ; et le Parlement doit \u2013 enfin ! &#8211; \u00e9lire une partie significative de ses membres sur des listes transnationales. Cela r\u00e9duira (un peu) la pollution du d\u00e9bat par les enjeux de politique int\u00e9rieure. Mais politique, la vraie, \u00e0 la fin, ce sont des hommes et des femmes, des souffles, des temp\u00e9raments. L\u2019Europe n\u2019en manque pas. Ce ne sont certes pas toujours les caract\u00e8res les plus affirm\u00e9s qui sont choisis: \u00e0 Paris et \u00e0 Berlin, notamment, on n\u2019aime pas beaucoup l\u2019id\u00e9e de voir \u00e0 la Commission ou au Conseil europ\u00e9en des figures susceptibles de faire de leur faire l\u2019ombre. Surtout \u00e0 Paris, o\u00f9 l\u2019on oublie pas que Bruxelles fut, de 1795 \u00e0 1815, le chef lieu du d\u00e9partement fran\u00e7ais de la Dyle&#8230;<\/p>\n<p>Une chose est s\u00fbre: si l\u2019on veut que l\u2019Europe redresse la t\u00eate, mieux vaut \u00e9viter de laisser trop la main \u00e0 la France. Comme le Royaume-Uni, elle victime d\u2019une illusion: celle d\u2019\u00eatre encore l\u2019un des grands de ce monde.<\/p>\n<p>Le g\u00e9nie politique du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle a permis \u00e0 la France de figurer parmi les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, avec m\u00eame une zone d\u2019occupation en Allemagne. Un si\u00e8ge permanent au conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies, et, quelques ann\u00e9es plus tard le d\u00e9veloppement de la bombe atomique, lui ont permis de prolonger ce doux r\u00eave. Valery Giscard d\u2019Estaing avait scandalis\u00e9 le pays en affirmant qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019une \u00ab\u00a0grande puissance moyenne\u00a0\u00bb, ce qui en dit long sur ce d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette propension fran\u00e7aise \u00e0 se voir plus grand que l\u2019on est a bien s\u00fbr \u00e9t\u00e9 entretenue par une tradition monarchique que la d\u00e9capitation de Louis XVI en 1793 n\u2019a pas effac\u00e9e. Le protocole entourant le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est plus impressionnant que celui qui accompagne la plupart des monarques europ\u00e9ens. Il suffit d\u2019avoir pris une fois l\u2019avion avec un pr\u00e9sident fran\u00e7ais pour le savoir. L\u2019auteur de ces lignes se souvient d\u2019un petit d\u00e9placement effectu\u00e9 avec Emmanuel Macron, pour r\u00e9aliser une interview durant la campagne de 2022. Tout commence par un convoi de neuf voitures arrivant tous gyrophares allum\u00e9s, et avec une nu\u00e9e de motards, \u00e0 l\u2019a\u00e9roport militaire de Villacoublay, pr\u00e8s de Paris. Dans le Falcon 7X, un militaire de haut rang demande au pr\u00e9sident s\u2019il souhaite disposer du wifi dans l\u2019avion. Est-ce vraiment pour cela que l\u2019on atteint le grade d\u2019officier sup\u00e9rieur\u00a0? Durant le vol, les derni\u00e8res dix minutes sont consacr\u00e9es \u00e0 la question de savoir lequel des dignitaires locaux aura l\u2019honneur de s\u2019assoir dans la voiture pr\u00e9sidentielle entre l\u2019a\u00e9roport et le lieu de son meeting. Si l\u2019on fait exception des progr\u00e8s technologiques, Louis XIV n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9pays\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Emmanuel Macron, \u00e0 sa d\u00e9charge, n\u2019est que l\u2019h\u00e9ritier de cette monarchique V\u00e8me R\u00e9publique. Dans un livre lumineux publi\u00e9 en 1992, intitul\u00e9 <em>L\u2019absolutisme inefficace,<\/em> Jean-Fran\u00e7ois Revel se moquait des d\u00e9rives autoritaires, centralisatrices, et parfois ridicules de ce qu\u2019il nommait la <em>\u00ab\u00a0pr\u00e9sidentocratie\u00a0\u00bb<\/em>. A l\u2019\u00e9poque de ce livre, l\u2019h\u00f4te de l\u2019Elys\u00e9e se nommait Fran\u00e7ois Mitterrand. Revel ne portait pas dans son coeur, mais\u00a0 il accordait donc des circonstances at\u00e9nuantes: ce n\u2019est pas vraiment de sa faute, mais celle de <em>\u00ab\u00a0l\u2019absolutisme\u00a0\u00bb<\/em> fran\u00e7ais. Mitterrand, grand critique de la V\u00e8me R\u00e9publique, qu\u2019il avait vitup\u00e9r\u00e9e dans un panphlet, <em>Le Coup d\u2019\u00c9tat permanent<\/em>, s\u2019\u00e9tait tr\u00e8s bien adapt\u00e9 au tr\u00f4ne laiss\u00e9 par De Gaulle\u2026<\/p>\n<p>L\u2019hubris fran\u00e7aise ne tient certes pas qu\u2019au protocole. La France, contrairement \u00e0 tout le reste du Continent \u2013 le Royaume Uni \u00e9tant \u00e0 part d\u00e9sormais \u2013 a entretenu une arm\u00e9e dot\u00e9e de moyens de projection, mais aussi et surtout d\u2019une force de frappe nucl\u00e9aire. Cela flatte l\u2019orgueil national, mais soyons justes, c\u2019est aussi un atout majeur pour l\u2019Europe, surtout depuis que le parapluie am\u00e9ricain vacille. La dissuasion fran\u00e7aise n\u2019a d\u2019ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 concue comme stricement nationale. D\u00e8s 1964, le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle avait laiss\u00e9 entendre que si la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Allemagne et de la Belgique \u00e9taient menac\u00e9e, les int\u00e9r\u00eats vitaux de la France l\u2019\u00e9taient aussi. Une exctension plus formelle de cette garantie \u00e0 l\u2019Est serait \u00e9videmment utile et l\u2019Allemagne, par exemple, le dit d\u00e9sormais. Cela fait n\u00e9amoins, pardon, une raison de plus pour ne pas donner trop d\u2019importance \u00e0 la France dans les processus de construction europ\u00e9enne dans les prochaines ann\u00e9es: elle n\u2019est pas en manque d\u2019\u00e9go, inutile d\u2019en rajouter&#8230;<\/p>\n<p>Si le destin de l\u2019Europe passe par un sursaut d\u2019orgueil, le mieux que la France pourrait faire pour y contribuer serait d\u2019effectuer, elle, une petite cure d\u2019humilit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons tous cet ami bavard et un brin p\u00e9remptoire, qui se lance dans de grandes d\u00e9monstrations, ass\u00e8ne ses v\u00e9rit\u00e9s, et, globalement nous assomme. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il peut arriver \u00e0 l\u2019arrogant d\u2019avoir un jour raison.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":4353,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"iawp_total_views":38,"footnotes":""},"categories":[23],"tags":[],"class_list":["post-3948","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-categorise"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3948","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3948"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3948\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4359,"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3948\/revisions\/4359"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4353"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3948"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3948"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/foglioeuropeo.ilfoglio.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3948"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}